Le sucre : ce nutriment au dos plus large que celui de la cuillère

sucre

Le sucre nourrit les discussions et les débats depuis déjà un bon petit moment : le sucre c’est le diable… mais non, c’est le carburant numéro 1 pour le corps… on doit réduire au maximum sa consommation… mais le bon sucre dans les fruits… il est aussi addictif que la cocaïne… mais c’est de la bonne nourriture pour le microbiote… Woah! Minute là. Explorons ensemble ce nutriment et la place qu’il peut prendre dans le paysage alimentaire des enfants.

Le sucre et toutes ses (mauvaises) intentions

On n’y va pas avec le dos de la cuillère quand on parle des effets du sucre sur la santé. On choisit des mots qui frappent et qui font peur : diabète, cancer, Alzheimer, trouble de l’attention et d’hyperactivité, autisme et obésité pour ne nommer que ceux-là.

Ce qu’on oublie, c’est que le sucre ne s’est jamais levé un matin en se disant : « c’est aujourd’hui que je commence à faire du trouble! » À la base, le sucre n’est rien d’autre qu’une source d’énergie, du gaz dans la machine, qui permet aux enfants de grandir, de bouger (juste assez!), de développer leur cerveau… bref, de vivre. C’est ça, la seule et véritable intention du sucre.

On oublie aussi qu’on retrouve maintenant le sucre un peu partout. Croyez-le ou non, mais dans le temps, le sucre était un produit de luxe réservé que pour les grands festins et les occasions plus que spéciales. Aujourd’hui, les enfants y sont exposés très tôt dans leur alimentation, du déjeuner au souper et en trop grande quantité.

Selon moi, il est là le réel problème de santé : le sucre est trop présent, trop tout le temps. On le retrouve dans des aliments de moins en moins bonne qualité nutritionnelle et on le consomme au sein d’un mode de vie sédentaire. Donc, s’il vous plaît, retenons que le sucre n’agit pas seul dans le déclin de la santé; c’est un effort de groupe.

Le sucre, vu par les enfants… et les adultes!

Pour les enfants, le sucre c’est : « mmmmm, ça goûte donc ben bon! »

Simple de même.

Je crois que c’est notre vision d’adulte qui rend la gestion du sucre plus tortueuse que ce qu’elle devrait réellement être. Dans notre vision de grande personne, le sucre rend malade, fait engraisser, tombe dans les fesses, est interdit, est mangé avec culpabilité, est mauvais, est calculé, etc. Il goûte encore bon, mais il est devenu un plaisir plus amer. Ainsi, tout en subtilités avec nos paroles, nos commentaires et nos régimes restrictifs, on transmet cette relation d’amour-haine aux enfants qui développent ensuite une certaine émotivité face aux aliments sucrés. Gardez toujours en tête que de l’interdit naît l’intérêt. Si on tenait le même genre de discours avec le chocolat qu’avec le brocoli, par exemple, les enfants se cacheraient pour déguster le dernier fleuron! Heureux problème, non?

Nourrir le gros bon sens

À la lumière de tout ça, quelle est la meilleure attitude à adopter pour redonner au sucre la place qui lui revient, c’est-à-dire d’être une simple source d’énergie qui assure les fonctions vitales du corps?

La meilleure attitude, elle est neutre et positive. On ne veut en aucun cas stigmatiser les aliments sucrés. On veut parler des aliments du point de vue de leur saveur, de leur texture, de leur provenance, de leur préparation, mais pas de leurs nutriments. On veut éviter les associations du genre « lait = calcium », « banane = potassium » et « chocolat = sucre ». C’est une vision très réductrice de l’alimentation qui ne considère pas l’entièreté de l’aliment et manger, c’est plus grand que ça!

On veut aussi éviter les discours du type « bons aliments » contre « mauvais aliments ». Selon la Vision de la saine alimentation du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, tous les aliments possèdent leur place sur le vaste continuum de la saine alimentation (donc tous les aliments ont un bon fond!), mais à une fréquence différente : les aliments consommés au quotidien seront ceux qui sont frais et moins transformés, alors que les aliments à plus faible densité nutritive seront offerts de manière occasionnelle ou exceptionnelle. Comme les services de garde sont des milieux exemplaires, on préfère y privilégier les aliments de base et sucrés naturellement.

Finalement, pour le bien-être des tout-petits, je crois que nous avons d’abord avantage à soigner notre relation d’adulte avec le sucre avant de l’accuser de tous les maux de la terre. C’est avant tout notre attitude envers ce mal-aimé qui va forger (ou non) un environnement alimentaire sain, inclusif et sans jugement pour les enfants. Le sucre pourra alors y reprendre sa place, une petite cuillère à la fois!

Roxanne Bertrand, nutritionniste
Cible Petite Enfance

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