Nourrir le stress et l’anxiété chez l’enfant, c’est facile! Ehhh….

anxiete

On ne s’en rend pas toujours compte en tant qu’adultes mais, bien malgré nous, il arrive que l’on nourrisse l’anxiété des enfants qui y sont plus sensibles. Comment? Par de simples gestes, paroles ou par l’intermédiaire de notre propre stress ou anxiété. C’est insidieux… C’est inconscient… C’est non volontaire. Mais les répercussions sur leur petit monde émotif sont grandes, et par moment, ralentissent leur développement.

En tant que professionnelle à la petite enfance, si l’on nourrit l’anxiété de certains enfants inconsciemment, alors il apparait essentiel de ramener à la conscience nos agissements et nos paroles pour faire cesser ce cercle vicieux :

La bonne façon de faire cesser cette roue sans fin c’est de s’écouter parler, se regarder intervenir et comprendre nos patterns en s’observant soi-même, aussi confrontant soit-il.  Qui a dit que notre job était facile?

Voici des exemples de contexte où il peut nous arriver de nourrir l’anxiété d’un enfant sans en avoir conscience :

  • l’ignorer lorsqu’il pleure sous prétexte de ne pas vouloir renforcer ce comportement ;
  • tenter par tous les moyens d’attirer son attention sur autre chose lorsqu’il pleure ou lorsqu’il est fâché pour qu’il arrête sa crise le plus rapidement possible ;
  • l’empêcher de contrôler certains éléments de sa vie en service de garde sous prétexte qu’il n’a pas à « gagner » et que c’est à l’éducatrice de décider la façon de faire.

Les conséquences sur l’anxiété de l’enfant sont nombreuses : dans ces trois cas, celui-ci risque de ne pas se sentir accueilli dans ses émotions, et avec le temps, il est possible qu’il ne les exprime plus.  Il est possible qu’il se sente incompris et seul. Ce qu’il faut garder en tête c’est que l’enfant vivant de l’anxiété souffre réellement parce qu’il est coincé dans un étau par différentes émotions qu’il ne comprend pas et qu’il n’arrive pas à apaiser.

La meilleure action éducative à poser dans de tels contextes est d’aller vers lui. C’est vrai pour tous les enfants, mais encore plus pour nos plus jeunes en pouponnière. Le lien d’attachement est la clé de tout lorsque l’on parle d’anxiété. Lui nommer ses émotions de façon empathique et sincère est également un moyen d’aider à comprendre ce qui se passe en lui, puis de reprendre le contrôle de toute cette charge émotive qui l’habite.

Accompagnez-le pour trouver une façon de faire sortir cette énergie qui le gruge pour ainsi, plus tard dans son développement, l’aider à trouver par lui-même ce qui lui fait du bien. Donnez-lui le contrôle de ce qu’il peut prendre : il a besoin de placer sa doudou sur lui d’une façon très spécifique durant le repos? Alors laissez-le faire et travailler avec lui en amont sur votre lien d’attachement et la gestion de ses émotions : tranquillement, vous devriez voir chez lui un certain relâchement dans son besoin de contrôler certaines choses.

Nourrir l’anxiété d’un enfant c’est aussi lui dire :

  • « Franchement, tu exagères! »
  • « Arrête ça ce comportement-là! » 
  • « T’as pas à avoir peur! »
  • « Arrête de vouloir tout bosser! »
  • « Tu viendras me voir quand tu auras fini ta crise! »
  • « Si tu n’arrêtes pas de pleurer, je vais… »

Personnellement, un de mes garçons a souffert d’anxiété lorsqu’il était jeune. Je l’ai amené consulter une psychologue et imaginez-vous que ce sont moi et son père qui avons dû avoir un suivi avec elle… pas mon fils. C’est souvent les adultes qui sont en cause, inconsciemment, m’avait-elle dit.  Et de fait : Je disais à mon garçon : « Maman n’ira pas prendre sa douche tant que tu ne seras pas endormi » ou « Je te laisse au service de garde, mais ça ne sera pas long parce que bientôt maman va revenir te chercher, ne t’inquiète pas ». Vous me voyez venir hein?

Sans m’en rendre compte, juste parce que j’avais le désir de diminuer son insécurité, je la nourrissais! J’aurais dû dire à la place : « Maman va aller prendre sa douche, alors tu sauras où me trouver si tu as besoin de te lever » ou encore « Je te laisse au service de garde parce que je sais que tu vas passer une super belle journée à t’amuser et j’ai confiance en ton éducatrice pour prendre soin de toi ».  Oui je sais, ce ne sont que des mots, juste des mots… mais ils disent beaucoup plus que de simples phrases… ils sont bourrés d’intentions et de non-dits. Pour ma part, inconsciemment, je lui transmettais mes propres craintes et je lui disais, sans lui dire, qu’il n’arriverait pas seul à survivre sans moi. Voilà le constat… Merci à cette psychologue qui a su ouvrir mes œillères pour que je puisse lui donner de la confiance en soi assez pour qu’il devienne aujourd’hui, un beau grand jeune homme en bonne santé mentale.

Se remettre en question,  s’observer, se pardonner. Voilà la clé face à l’anxiété d’un enfant, mais aussi, face à tout autre contexte d’ordre émotif avec les enfants que l’on accueille. On travaille avec de l’humain, c’est pas rien, mais ça vaut tellement la peine!

Mélanie Coulombe
Cible Petite Enfance

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