Comment aborder le parent d’un enfant qui présente des inquiétudes ?

Autistic boy playing with toy cars

La vie est belle, on aime notre petite clientèle, ils sont tous charmants et différents, mais voilà qu’un enfant soulève des questionnements et qu’un doute s’installe.

On le regarde aller, on est incertaine, mais on sent qu’il y a quelque chose. On l’observe, on le met dans certaines situations pour voir comment il va s’en tirer. On discute de cela avec nos collègues, pour finalement débarquer dans le bureau de l’agent de soutien pédagogique ou de la direction en disant « je ne suis pas certaine, mais il me semble que… ».

Parfois, c’est une évidence pour nous! On remarque immédiatement qu’il se passe quelque chose avec un enfant. Mais qui suis-je pour tout à coup devenir la tueuse de rêves de parents qui ne m’ont rien demandé. Pourquoi je porterai cette responsabilité de faire basculer la vie tranquille d’une famille. Nommer nos inquiétudes devient le début d’un cauchemar pour eux. Aller dire cela aux parents et surtout, comment vais-je le dire ? Incertaine de comment faire les choses j’ai une petite voix qui me dit de me mêler de mes affaires et une autres qui me dit que je dois aider cet enfant. Ils me répondront probablement que je ne suis pas docteur et que je n’ai pas à diagnostiquer leur enfant!

Quoi faire, que dire, à qui le dire et comment dois-je le dire ? Il s’agit d’une situation vraiment délicate, mais qui souvent fait partie de notre réalité en service de garde.

Le dépistage en service de garde est d’une importance capitale pour le développement futur de nos touts petits, mais nous savons toutes que nous ne sommes pas des professionnelles de la santé et que nous n’avons pas cette prétention.

Par contre, sachez que vos connaissances du développement de l’enfant, que votre expérience avec des dizaines voir même des centaines d’enfants différents chaque année vous donne la crédibilité nécessaire et surtout un œil aiguisé pour faire confiance à vos observations. Nous portons cette responsabilité de nommer l’innommable.

Laissez-moi vous raconter une expérience que j’ai vécue en tant que directrice :

J’arrive dans un nouveau service de garde comme gestionnaire, pour quelques mois seulement comme consultante et soutien à la direction. Je ne connais pas les enfants, les familles et encore moins l’équipe de travail.

Lors de la première journée, j’entends un enfant d’environ 14 mois pleurer, mais de façon traumatisante. Juste à l’écouter, je sais que cet enfant est tout simplement terrorisé! Je m’approche doucement du local et observe ce qui se passe. Je vois l’éducatrice qui essaie de convaincre le petit de monter les escaliers de la table à langer, afin de procéder à son changement de couche. Elle use de stratégies et d’encouragements pour le stimuler à se rendre sur la table et le calmer. Celle-ci se retourne vers moi avec une expression de malaise et me dit : « je ne sais pas ce qu’il a, mais à chaque fois c’est la même chose et je n’arrive pas à le calmer ». Je la sens un peu démunie face à cette réaction exagérée de l’enfant. Je la rassure en lui disant que je ne suis pas là pour la juger, mais bien pour l’aider. Je lui propose qu’on fasse ensemble un plan d’observation pour mieux comprendre ce petit homme et trouver ce que nous pouvons faire pour lui.

Au cours de la même semaine, nous observons qu’il ne communique pas, ne socialise pas et ne veut pas que les autres enfants l’approchent. De plus, son intérêt est toujours porté sur le même jeu. Ce qu’il préfère par-dessus tout, c’est aligner les petites voitures les unes à la suite des autres de façon parfaite! Lorsqu’il est excité ou anxieux, il commence à sauter sur place en agitant les mains dans les airs. Au dîner, l’intégration de la nourriture est tout un défi et généralement il ne mange pas beaucoup. Il lui arrive souvent de recracher le contenu de sa bouchée dans l’assiette…

Ha! Ha !! Vous me voyez venir ? Déjà, vous êtes en mode observation et toutes vos connaissances du développement de l’enfant vous poussent vers un dépistage. Je sais qu’à la seule lecture de ma description, votre cerveau de professionnelle de la petite enfance est en mode alerte. Voilà la première preuve de ce que j’avance : vous devez vous faire confiance!

Revenons à mon histoire…

Pour aider à l’observation de cet enfant, mes connaissances et mon expérience des 15 dernières années me poussent à aller sur Internet pour sortir des grilles d’évaluations. Oui, je m’en confesse, j’ai suivi ma petite voix intérieure et j’ai sorti la grille sur le TSA. Non pas que je souhaite que ce soit cela, non pas que je veux avoir raison, non pas que je veux nuire à l’enfant, ni alerter inutilement les parents! Je fais le tout discrètement et garde l’information pour moi-même et ma collègue éducatrice. Nous ne sommes ici qu’en mode observation n’est-ce pas ? Finalement, nos observations indiquaient clairement qu’au niveau du développement cet enfant avait de grands défis. C’est donc ici que j’ai dû rencontrer les parents pour leur faire part de nos observations.

Un soir en dehors des heures de bureau, doucement, j’ai pris le temps de les inviter à venir me rencontrer à mon bureau. J’ai commencé par leur expliquer qu’ils avaient un petit homme extraordinaire et très attachant. Quand j’ai senti que le lien de confiance était établi je leur expliquer pourquoi nous avions fait ces observations et surtout, ce que nous avions observé. Immédiatement, je leur ai expliqué qu’il serait bien de voir l’infirmière du CISSS afin qu’elle puisse s’assurer que tout va bien du côté du développement de leur enfant et ainsi les rassurer. J’ai aussi expliqué que s’il s’agissait que de petits défis, elle pourrait les aider à mieux comprendre comment accompagner leur fils. Ils ont accepté, avec un peu de résistance, de signer un formulaire de consentement d’échange d’information entre nous et le CISSS. J’étais heureuse, j’avais réussi à les mettre en confiance sans jamais même parler de diagnostic, tout en les dirigeant doucement vers d’autres professionnels.

En quelques semaines à peine l’enfant était pris en charge, rencontrait l’infirmière, le médecin spécialiste et quelques mois plus tard le diagnostic tombait. Leur enfant présentait un TSA. Les parents ont reçu tout le soutien et l’aide dont ils avaient besoin, car tous les services dans la communauté se sont coordonnés.

Peu de temps après, j’ai revu les parents et savez-vous ce qu’ils m’ont dit? Que cela avait été une immense épreuve pour eux, qu’ils avaient un deuil à faire, mais qu’ils étaient heureux que des gens comme nous, ayant le bien-être de leur fils à cœur, les ai éclairés rapidement sur la situation. Nous n’avons pas essayé d’imposer une idée préconçue de la problématique, nous sommes restées humaines dans notre approche, mais soutenantes et honnêtes.

N’hésitez pas à faire des observations et à les valider avec des collègues!

Allez chercher du soutien auprès de la direction ou de votre agente à la pédagogie. Ensemble, assurez-vous d’échanger vos observations avec les parents très rapidement, même quelques mois peuvent faire une différence lors de la prise en charge de l’enfant suite à son diagnostic! Faites-vous confiance et soyez fières d’accompagner ces familles.

Gardez en tête que tout se dit, mais qu’il suffit de bien choisir ses mots et de le faire avec beaucoup d’empathie. Le message sera alors bien reçu et portera ses fruits tôt ou tard…


Manon Barbe

Cible Petite Enfance


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