La chaise de conséquence… que faire de plus éducatif?

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Dernièrement, j’ai rédigé un blogue au sujet de l’utilisation de la chaise de conséquence en service de garde.  Cette publication en a fait réagir plus d’une.  Il m’apparaissait alors convenu de ne pas laisser mes lectrices sur leur faim et de pousser plus loin la réflexion…

Vous l’aurez remarqué, je ne suis pas d’accord avec l’utilisation de la chaise de conséquence pour toutes les raisons que vous avez pu lire dans mon blogue précédent.  Ceci étant dit, devrait-on alors laisser les enfants diriger le service de garde?  Devrait-on ignorer les comportements inappropriés ou dangereux?

Réponse à ces deux questions : non et non.  Il existe une seule bonne réponse : remisons la chaise de conséquence et mettons en place des interventions éducatives! Voyons voir lesquelles sont facilement accessibles à toutes, partout et n’importe quand.

Scénario 1 : l’enfant fait une crise et se montre dysfonctionnel

Vous êtes au casier, Kim fait une crise : ses gestes incontrôlés peuvent l’amener à se blesser ou à blesser un ami.  Vous tentez de lui parler, mais elle semble déconnectée de son corps : elle est dans son « cerveau rouge ».

Ce qu’il ne faut pas faire :  

Pour la ramener dans son « cerveau vert », elle doit prendre le temps dont elle a besoin, dans un environnement calme.  L’environnement calme n’est PAS synonyme de punition… JAMAIS.  Pourquoi?  Parce que Kim a besoin de votre aide pour reprendre ses esprits.  Elle a besoin de votre accompagnement pour gérer ses émotions, qu’elle ne comprend pas.  Elle a besoin qu’on soit avec elle, parce qu’elle est en apprentissage et que son cerveau n’est pas entièrement développé.

Il ne faut donc pas crier contre elle, lever le ton, l’amener dans un endroit où elle devra rester seule, la punir ou l’obliger à rester sur une chaise.  Ces interventions inappropriées mettent l’enfant en échec (elle sait ce qui est mal, mais ne sait pas comment faire autrement), affectent son estime de soi (elle ne se sent pas adéquate), en plus d’être sanctionnables pour l’éducatrice qui utilise ces pratiques selon le Guide du Ministère : https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/guide-pratiques-inapprop.pdf

Ce qu’il faut faire :

Il faut comprendre que Kim a besoin de se reprendre calmement.  Au même titre que vous allez faire la vaisselle quand la chicane « pogne » entre votre conjoint et son beau-frère à la table, Kim doit s’éloigner un peu, non pas pour s’isoler ou pour être punie.  On peut donc doucement lui parler pour lui proposer d’aller au bout de la rangée des casiers avec son livre préféré, sa doudou ou un jouet significatif pour elle.  Mentionnez-lui que vous serez près d’elle et que vous reviendrez quand elle sera plus calme ou quand elle le demandera.

Ensuite, un vrai retour éducatif est de mise : « Tu étais très fâchée tantôt Kim hein? Ça t’a fait du bien de venir lire un peu.  Est-ce que tu te sens mieux maintenant?  Est-ce que tu es prête à venir avec moi finir de t’habiller pour aller dehors?  Avec quel jeu aimerais-tu jouer? Etc. »  Avec le temps, Kim prendra l’habitude de s’isoler un peu quand elle sentira la colère monter, parce que vous lui avez dit… parce qu’elle a appris, grâce à votre bienveillance et vos interventions éducatives.  Et votre lien d’attachement en sera que plus renforcé.

Scénario 2 : Un enfant frappe son ami avec un jouet

Vous êtes en train de changer une couche et Sacha profite de ce moment de non-disponibilité physique de votre part pour frapper un ami qui est trop près de lui.

Ce qu’il ne faut pas faire :

Placer l’enfant sur une chaise de conséquence pour qu’il réfléchisse ou pour qu’il se sente coupable (et donc qu’il apprenne à ne pas faire ça) est inefficace du point de vue développemental, en plus de causer d’autres problèmes.  En effet, mettre un enfant en punition provoque souvent des situations où l’enfant est encore plus fâché ou refuse de rester sur la chaise.  Commence alors un combat qui n’a rien à voir avec la raison au départ.  Les choses s’enveniment, la colère monte de votre côté également et l’enfant ne sait plus pourquoi il mérite toute cette attention négative.  Bref, il peut ultimement vous dire qu’il a réfléchi et qu’il regrette d’avoir frappé son ami, le fait est qu’une fois dans la même situation avec l’émotion qui monte, il recommencera probablement.  Par cette intervention de type punitive, il a appris que vous ne voulez pas qu’il frappe… mais que peut-il faire alors? Ça, il ne le sait pas.  Eh oui, encore une fois, son estime de soi en mange un coup.  Les écrits démontrent que la punition entraine trop souvent la rancœur, la revanche, la rébellion et le retrait (qui inclue la baisse de l’estime de soi).  Pensons-y!

Ce qu’il faut faire :

Vous n’acceptez pas qu’il frappe.  Parfait!  Alors, montrez-lui ce qu’il doit faire à la place, quand il est dans une situation émotionnelle difficile.  Ne faites pas seulement lui dire… soyez son modèle.  Ainsi, quand un ami s’approchera trop près de Sacha, allez vers lui.  Nommez la problématique : « Est-ce que ton ami est trop près de toi?  Oui hein!  J’avais deviné… Alors que peux-tu faire pour qu’il sache que tu n’aimes pas ça?  Lui dire?  Oui!  Recule-toi un peu tu es trop près de moi!  Etc. »

Pour réussir cette intervention éducative, il faut être présente pour les enfants, disponible pour eux, les observer et entretenir un lien d’attachement significativement positif.  Il faut maîtriser ses propres émotions, pour laisser de côté la punition – qui ne donne rien d’éducatif.

Cela peut sembler plus difficile, mais c’est tout le contraire : se fâcher contre un enfant parce que l’on croit qu’il fait exprès pour nous faire sortir de nos gonds, punir au lieu d’éduquer et prétendre qu’un enfant est malveillant, c’est ce qui est le plus fatigant pour une éducatrice.

Alors, soyons des professionnelles qui maîtrisent les bons savoirs et qui contrôlent leur monde émotif, pour faire grandir nos chers petits !

Mélanie Coulombe
Cible Petite Enfance

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