Être éducateur en service de garde

homme éducateur

8H30. Je suis assise à mon bureau où j’exerce à titre de directrice à la pédagogie dans un service de garde. Arrive une maman, en pleurs, avec son bébé-fille dans ses bras. Je la connais : son enfant fréquente notre pouponnière depuis 3 mois. Elle me dit : « il n’est pas question que ce soit un homme qui s’occupe de ma fille et lui change sa couche! » Oh, oh… j’ai omis d’avertir les parents de mon installation que je viens d’engager un éducateur… un homme!!!!

En réalité

En fait, je ne voyais pas l’intérêt d’avertir les parents d’une telle nouvelle puisque je ne le fais pas d’emblée quand j’engage une nouvelle éducatrice-femme! C’est comme dire : « attention chers parents : je vous annonce qu’il y a quelque chose d’inhabituel dans votre SDG : UN HOMME! » C’est ridicule! Alors je n’en ai juste pas parlé… parce que dans les faits, j’ai accueilli dans mon équipe une nouvelle personne. C’est tout. Il n’y a rien à dire de plus…

Les résistances

Mais alors, que faire avec la maman qui s’inquiète pour son bébé-fille?

Je me suis entretenue avec un éducateur récemment qui me disait que la majorité d’entre eux sont extrêmement conscients des précautions qu’ils doivent prendre pour sécuriser les parents: laisser la porte ouverte du local et ne jamais être seul dans la salle de bain avec un enfant sont deux exemples cités. Ce qui a été soulevé également c’est que dépendamment des milieux, il y a quelquefois plus d’efforts à faire pour prouver leur professionnalisme et leurs compétences auprès des jeunes enfants.

J’ai demandé à la maman de venir rencontrer mon nouveau membre de l’équipe. Il s’est présenté et lui a expliqué son parcours professionnel, puis je lui ai précisé qu’il m’était impossible de demander à cet éducateur de s’occuper que des plus grands qui n’ont pas de couches puisque j’agirais de façon discriminatoire. Mais, en sachant qu’il serait toujours en présence de deux de ses collègues (féminins), elle a accepté de lui confier sa fille. Encore là, j’ai ressenti un malaise. Ne dit-on pas qu’un enfant est en mesure de tisser des liens significatifs avec son éducateur/trice à condition que les parents eux-mêmes ressentent des sentiments positifs à son égard? Outch… mon éducateur venait de partir avec une prise… juste parce qu’il est de sexe minoritaire…

Une simple question de genre?

Donc, est-ce qu’être un éducateur en service de garde est plus difficile que pour une éducatrice? Je ne sais pas et je ne souhaite pas me prononcer là-dessus. Pourquoi? Parce qu’il existe d’autres formes de discrimination : une étudiante qui fait des remplacements l’été peut être jugée sur son faible âge et son manque d’expérience. Une éducatrice d’origine ethnique différente peut également être jugée sur son apparence. Le jugement vient encore très vite dans certains milieux : le genre, l’âge, l’apparence…  bref, la différence fait encore peur…

La sensibilisation

Certaines études ont démontré que les hommes ont tendance à jouer un peu plus physiquement que les femmes avec les enfants et qu’ils prennent un peu plus de risques,ce qui stimule le domaine physique et moteur. Mais encore là, tenter de chercher les différences entre les hommes et les femmes en service de garde est dangereux. Parce que oui, j’ai reçu dans mon bureau cette maman en pleurs à cause de la présence d’un éducateur, mais j’ai également accueilli des dizaines et des dizaines d’autres parents tous les mois de septembre, lors du remaniement des groupes, qui me demandaient de ne pas mettre leur enfant dans le groupe de telle ou telle éducatrice, prétextant un manque de compétences, de constance ou de savoir-être. Ici, on ne me parlait plus de genre, mais bien de professionnalisme.

À mon avis, là est toute l’importance qu’il faut accorder : est-ce que cet être humain, qu’il soit un homme ou une femme, jeune ou âgé, québécois ou non… est-ce qu’il est un bon professionnel pour mon enfant?

Alors je vais vous dire en quoi les hommes risquent d’être plus outillés que leurs collègues femmes pour stimuler les enfants : c’est quand ils diront haut et fort devant leur groupe que leur activité préférée est la cuisine… quand ils porteront des bas roses en mentionnant qu’il s’agit de leur couleur préférée… quand ils s’assoiront par terre pour jouer à la poupée… bref, c’est quand ils seront porteurs d’acceptation de la beauté reliée à la différence.  Et c’est lorsque nos enfants seront exposés souvent à la différence qu’ils l’accepteront sans résistance particulière…

Merci à tous les professionnels de la petite enfance, hommes ou femmes, qui forcent – avec douceur – l’acceptation des différences et la valorisation de sa beauté!

Mélanie Coulombe
Cible Petite Enfance

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