« Tu sens mauvais »!

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Mon garçon lui a dit : « Tu pues ! »

J’ai 45 ans de vie derrière moi.  J’ai 45 ans d’expériences personnelles et professionnelles derrière moi.  J’ai fait mes études en psychologie et en counseling : je connais donc l’humain. Je sais comment parler aux humains. Mais JAMAIS je n’ai trouvé le courage de dire à quelqu’un qu’il sent mauvais. J’ai donc enduré. J’ai porté des jugements à l’occasion. Et hier soir, comme une claque dans la face, mon gars de 15 ans me dit : « Aujourd’hui, j’ai expliqué à un élève de secondaire 1 qu’il est rejeté à cause de son odeur désagréable. Je trouvais qu’il faisait pitié. Je me suis dit qu’il avait peut-être besoin de conseils. Je lui en ai donné. C’est tout! »

C’est tout?  Mais non, c’est pas tout! C’est courageux! C’est un exploit social! Et tu n’as que 15 ans…

Empathie et désir d’aider

J’ai questionné mon garçon durant un gros 30 minutes : « Que ressentais-tu juste avant d’aller le voir? Pourquoi tu n’as pas décidé de faire comme les autres et de juste t’éloigner de lui? Avais-tu peur de lui faire de la peine? ».  Mon constat, c’est qu’il était tellement dans l’empathie et dans le désir d’aider « pour vrai » ce jeune qu’il était convaincu de faire la bonne affaire.

Quand l’estime en prend un coup

J’ai aussi constaté que pour dire à quelqu’un que son odeur corporelle est désagréable, il faut plus que réellement et sincèrement vouloir l’aider : il faut aussi être très solide quant à son estime de soi.  En effet, mon garçon a reçu un boomerang dans la tronche instantanément de la part de ce jeune de secondaire 1.  Pensons-y!  Se faire dire qu’on pue, même avec tous les gants blancs du monde, ça fesse!  L’humain, quand il se sent confronté, et surtout quand son estime de lui est faible, bien, il a tendance à attaquer. Il attaque pour détourner son mal-être, pour blesser l’autre comme il vient d’être blessé. Le jeune en question a donc attaqué mon garçon verbalement.

Quand l’élève dépasse le maitre

Moi, en 45 ans de vie, c’est justement de ça que j’ai peur : me faire attaquer verbalement par quelqu’un qui souffre trop pour le laisser paraître. J’évite donc souvent de dire certaines vérités qui risquent de déplaire. Mais mon gars a pris ce risque et lui a répondu : « Bon, je vois que tu trouves ça dur de te faire dire que tu sens mauvais et je comprends, mais sache que je veux juste t’aider et qu’il y a des solutions ».  Il lui a donc donné ses solutions, lui a dit de ne pas se gêner pour venir le revoir s’il a des questions et il est parti.

Semer une graine dans la tête

Toujours accrochée à ses lèvres, moi, sa mère, celle qui est supposée lui expliquer la vie, était subjuguée par son aplomb et surtout, par son intelligence émotionnelle. Je lui ai demandé : « Et là, est-ce que tu te sens mal par rapport à lui? ».  Et sa réponse fut : « Ben non! Hier, il avait un nouveau t-shirt et il sentait rien. Aujourd’hui, il a recommencé à sentir mauvais. Rendu-là, j’ai fait le plus que je pouvais pour lui et j’en suis fier! Le reste lui appartient maintenant. »

Et moi, toute à ma réflexion, j’ajoute mentalement qu’il a semé une graine importante dans la vie de ce jeune…  et dans la mienne aussi.

Il n’a que 15 ans.  J’en ai 30 de plus que lui.  Et il a semé une graine dans ma tête.

Comment dire les vraies choses, au bon moment

En service de garde, il y a des parents ou des collègues à qui on aurait plein de choses à dire… mais on ne le fait pas systématiquement. En tout cas, moi je ne l’ai pas toujours fait. Je me rends compte que j’ai manqué de solidité et de courage. Aborder des conversations difficiles, le mot le dit, ce n’est pas facile! Pour personne. Alors trouvons ensemble l’énergie, la bravoure et l’estime de soi suffisantes pour franchir ce pas. Dites-moi comment vous vous y prenez pour dire les vraies choses aux gens?

 

Merci mon beau William de me faire avancer.

 

Mélanie Coulombe

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